… Et c’est pour cette raison qu’il dit en un autre endroit de l’Épître «qu’il verse des larmes pour ceux qui ne font pas pénitence»: ita ut lugeam multos qui non agunt pœnitentiam: comme s’il disait: Je plains ces malheureux parce qu’il ne se plaignent pas eux-même; je déplore leur misère parce que bien loin de la déplorer eux-mêmes, ils passent toute leur vie dans le libertinage et la débauche. Ah! ville de Milan! Nouvelle Ninive, enivrée en tes plaisirs, superbe en tes pompes, aveugle en tes vanités, insatiable en tes débauches! mais ville de Milan plus superbe, plus aveugle et plus insatiable que la ville de Ninive, parce que tu résistes à la voix de Dieu qui t’appelle par le paroles de ton grand archevêque et que tu lui envoies tes ministres pour soutenir les débauches de ton carnaval, que tu as besoin, au milieu de tes joies, cependant que ton cœur est rebelle à la grâce et qu’il lui déclare la guerre, que tu as besoin, dis-je, qu’un cœur véritablement apostolique verse des larmes pour tes crimes! Ah! que tu as besoin, cependant que «tu amasses un trésor» d’ire, thesaurisas tibi iram, que saint Charles Borromée fasse une grande pénitence pour tes péches et qu’il détourne par le sacrifice de soi-même la colère et le rigueur que tu te prépares!
—Jacques-Bénigne Bossuet, Panégyrique de saint Charles Borromée. Prêché a Paris, le 4 novembre 1656, in Oraison funèbres panégyriques, texte établi et annoté par l’abbé Bernard Velat, Biblioteque de la Pléiade, 1936, pp. 676-677